
L’information est désormais publique : l’ambassade du Tchad à Abuja figure sur la liste des 34 missions étrangères menacées de fermeture par les autorités nigérianes pour loyers fonciers impayés. Ce sont The PUNCH, Business Insider Africa ou encore Legit.ng qui ont révélé cette décision de la FCTA, l’administration de la capitale fédérale. Être publiquement épinglé par le Nigeria, première puissance du continent et voisin direct, révèle le degré d’abandon de notre appareil diplomatique. Ce n’est pas une simple négligence administrative, c’est le reflet d’un État qui ne tient même plus à sa propre représentation à l’étranger.
L’ambassade du Tchad au Nigeria est censée être un poste-clé : axe de dialogue sécuritaire, carrefour économique, relais diplomatique dans l’espace CBLT et CEDEAO. Or, elle fonctionne aujourd’hui dans une précarité indigne, entre retards budgétaires, arriérés de salaires et absence totale de moyens de fonctionnement. On parle de rayonnement régional pendant que nos diplomates vivent dans la marginalité, parfois réduits à la débrouille ou au crédit chez les commerçants de quartier. Cette clochardisation silencieuse est devenue la norme dans plusieurs représentations tchadiennes à l’étranger.
Ce scandale ne résulte pas d’un oubli technique, mais d’un abandon politique. Depuis l’arrivée de Mahamat Kaka au pouvoir, les missions diplomatiques sont gérées sans feuille de route, sans arbitrage clair, et sans budget stable. Les ambassadeurs ne reçoivent plus d’instructions, les consulats survivent tant bien que mal, et les crédits de fonctionnement arrivent — quand ils arrivent — après des mois de silence. Cette gestion chaotique n’est pas un dysfonctionnement ponctuel, mais un mode de gouvernement.
En diplomatie comme ailleurs, le régime actuel confond le décor et la fonction. Il mise sur les apparences — réceptions, rubans, costumes — mais se désintéresse de l’efficacité réelle des institutions. Résultat : un pays absent des débats régionaux, incapable d’assumer ses obligations les plus élémentaires, et dont les représentants, à défaut de défendre les intérêts du Tchad, doivent d’abord survivre.
TchadOne
Rédaction politique – N’Djamena.












